Beauté, Expérience, Vie

Ma vie de maquilleuse

21 avril 2017

Il m’aura fallu un cours en Design de mode au Collège LaSalle à haïr la machine à coudre, et puis un cours d’animation 3D par ordinateur à vouloir m’ouvrir les veines d’ennui, pour finalement trouver ma voie…ma première voie…celle de la création de personnages. À l’âge de 18 ans, je m’inscrivais à un cours privé de 1 an en maquillage de cinéma avec quatre autres jeunes femmes qui, comme moi, étaient à la poursuite de leur passion. Ça aura pris un seul cours pour que je trouve la mienne…Enfin! J’aimais quelque chose, je pouvais dormir tranquille!

Durant cette année de formation, j’aurai appris à maîtriser les couleurs, à jongler avec les énergies humaines, à créer des illusions, des personnages, et à comprendre le fonctionnement et les subtilités d’un plateau de tournage. Ensuite, je suis plongée à pieds joints dans ma carrière de psychologue, de mère d’acteurs, de meilleure amie d’acteurs, d’infirmière, et finalement de maquilleuse. Parce que la vérité c’est que le coup de pinceau comme tel n’est qu’un faible pourcentage du réel mandat d’une maquilleuse en cinéma. Il s’agit que de quelques jours d’expérience pour comprendre l’importance de l’aspect énergétique et psychologique du métier, qu’on se devra de prendre soin de ces petites bêtes assises dans nos chaises et ce bien au-delà du physique, qu’il nous faudra mettre nos propres émotions dans un tiroir et les ignorer jusqu’au retour à la maison. Le principal exercice étant d’apprendre à aimer comme une mère, donc d’apprendre à envoyer de l’amour à ceux qui ne nous en envoient que très rarement en retour. D’apprivoiser le narcissisme, d’adopter l’égo, et d’accepter le manque de vérité environnant.

Ceci étant dit, si je viens d’entamer ma 20e année dans ce métier, c’est que j’ai pris goût à cette responsabilité et à tout ce qu’on apprend en retour, je pourrais même dire que la majorité du temps on est récompensé par une certaine lumière qui jaillit de ces situations qui semblaient à premier abord terriblement nocives. Bien sûr, nous sommes également gâtés par de belles rencontres et des moments de pure création…Je pense à ces fois où nous sommes en symbiose totale avec notre sujet et notre art et que tout à coup, ce personnage qui n’existait que sur papier, prend vie…et qu’on est les seuls témoins du premier regard entre ce dernier et son interprète. La reconnaissance que les comédiens peuvent avoir à notre égard lorsqu’on parvient à leur fournir les outils nécessaires à leur travail est extrêmement valorisante!

Sans oublier ce qui me manque le plus lorsque je ne suis pas sur un tournage…mes collègues. Cet esprit d’équipe qui se transforme rapidement en esprit de famille, parce que nous sommes comme des romanichels. On prend la route ensemble jour et nuit pendant quelques semaines voire quelques mois et tout ce que nous vivons est tellement intense; des chicanes, des fou rire, de la fatigue extrême, du stress en veux-tu en v’là, de la pression, des partys immodérés, etc. qu’on finit par se souder. Ce milieu créer des liens éphémères certes, mais ce sont des liens fraternels intenses…à l’image des artistes que nous sommes!

Choisir de faire carrière dans cette industrie c’est devoir s’assurer d’être solide sur ses pattes et être conscient que le cinéma est un monde faussement « glamour ». Nouveaux venus à la recherche de rencontres hollywoodiennes, de veuve Clicquot et de tapis rouge…mettez ça dans votre chapeau. Parce que le cinéma ce n’est pas rose, c’est même souvent brun comme la boue dans laquelle on travaille, et ce n’est certainement pas Pamela Anderson qui court en maillot rouge sur une plage à Malibu, mais beaucoup plus un Médic (pas en speedo) qui court à travers une usine désaffectée pour secourir une figurante qui s’est évanoui tellement elle a faim et tellement il fait frette. Le cinéma ce n’est qu’un groupe d’humains qui créer de la fiction et qui passe tellement de temps ensemble qu’ils finissent par en perdre leurs masques. C’est un milieu où les égos s’affrontent quotidiennement, mais c’est aussi un monde de gypsies attachants et d’animaux blessés. Le cinéma ne fait pas que produire des émotions pour son publique, il en fournit à ses créateurs aussi… des moments intenses physiquement et psychologiquement….j’avoue que j’aurais pue en prendre un peu moins parfois question de conserver une certaine naïveté et vieillir un peu moins vite. Mais en même temps, tout ce cirque est incroyablement enrichissant…et aujourd’hui, je suis infiniment reconnaissante d’être allée à cette école de fou!

 

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